Le Tétras-lyre

Le tétras-lyre est une espèce de la taïga euro-asiatique et est arrivée en France lors des grandes glaciations. Les montagnes d’Europe centrale constituent alors d’importants refuges climatiques. L’espèce a disparu des Pyrénées dans les temps préhistoriques et les populations de plaines sont presque aujourd’hui toutes éteintes. Elle a pu se maintenir dans les Alpes.

Le dimorphisme sexuel est très marqué :

MâlesFemelles
Taille (cm)35-4350-53
Envergure (cm)65-80
Poids (g)

Adulte : 1 100-1 500
Jeune : 900-1 200

Adulte : 700-850
Jeune : 600-750

PlumageLuisant noir avec des reflets bleus. Ailes brun-noir avec barre blanche. Dessous des ailes blanc. Queue en forme de lyre, dessous blanc. Pattes courtes et emplumées. Caroncule rouge vif au-dessus de l’œil.Plumage brun-roux barré de noir, blanc et gris. Bande alaire blanche moins large que celle du mâle. Queue échancrée.

Régime alimentaire

Les adultes sont végétivores mais ils peuvent parfois se nourrir de petits vertébrés. En hiver, le tétras-lyre s’alimente d’aiguilles, de bourgeons de conifères et de rhododendron, de rameaux de mélèze, de feuillus, de myrtille. Au printemps, son alimentation change avec des pousses et fleurs de plantes herbacées, des fourmis. Le reste de l’année, le tétras-lyre se nourrit de fleurs de composées et de trèfle. Il complète son alimentation avec des baies comme les myrtilles et d’autres fruits secs.
Les poussins sont insectivores et sont capables de trouver seuls leur nourriture.

Reproduction et durée de vie

Les parades nuptiales ont lieu chaque année en avril-mai sur des espaces dégagés appelés « place de chant » ou « aire de parade ». Au centre, les mâles se regroupent, paradent et chantent pour attirer les femelles. Cela peut durer entre 4 et 5 heures. Ils entrent en compétition et développent des exhibitions allant jusqu’à des combats. Un mâle peur s’accoupler avec plusieurs femelles.

Les mâles sont matures sexuellement entre 2 et 3 ans. Les femelles se reproduisent dès l’âge d’un an.
Les poules pondent 6 à 10 œufs directement sur le sol, caché à l’intérieur d’un buisson, dans l’herbe ou à côté d’un tronc d’arbre. La couvaison est de 24 à 26 jours. Si la première ponte est détruite, les poules peuvent effectuer une 2ème ponte dite ponte de remplacement.

Les mâles et les femelles ont une espérance de vie pouvant atteindre 10 ans.

Le tétras-lyre est typiquement un oiseau de l’interface entre la forêt et les milieux ouverts. Dans les Alpes, il se rencontre à la lisière supérieure des arbres entre 1 400 et 2 300 m d’altitude. Le facteur limitant essentiel est la présence d’une strate herbacée ou d’éricacées bien développée, indispensable à l’élevage des nichées. Dans la partie nord, son habitat typique comprend les landes à rhododendrons et les prairies subalpines piquetées de quelques résineux. Dans les Alpes du sud, il occupe des formations plus variées allant des forêts claires de mélèze et de pins à des pré-bois clairs de chênes et hêtres.

Une première carte des sites vitaux est établie en 1999 par l’Observatoire. Elle permet de situer les zones d’hivernage, de chant et d’élevage des jeunes connus des observateurs.
En 2005, la cartographie des zones potentielles de reproduction est dressée. Les secteurs qui méritent une attention particulière couvrent alors 3 160 km² soit 31% de la surface de présence du Tétras-lyre.
Durant la décennie 2010-2019, une cartographie est réalisée sur l’ensemble des Alpes françaises pour représenter les zones potentiellement favorables à la reproduction (ZPFR). Cette carte renseigne sur la probabilité de présence ou absence de l’espèce. Une seconde cartographie concernant les zones potentiellement favorables à l’hivernage (ZPFH) est également faite pour les Alpes du nord.
A cela s’ajoute depuis plusieurs années des diagnostics d’habitat de reproduction et d’hivernage qui permettent de définir les zones où il est le plus judicieux de mener des travaux de restauration d’habitat de reproduction ou de mettre en place des zones de tranquillité.

1990-1999 : l’espèce est présente occasionnellement sur 6 communes en Ardennes et est présente régulièrement sur 653 communes dans les Alpes (8 départements). Ces chiffres font état d’une diminution de 16% depuis 1990 et de 25% depuis 1960. La répartition couvre une superficie de 11 276 km².

2000-2009 : la présence régulière du tétras-lyre est attestée dans 557 communes dans les Alpes. Son aire de répartition a donc continué à se rétracter, notamment au niveau des contreforts occidentaux. Cela est particulièrement vrai au niveau des Préalpes du sud et les Préalpes maritimes. Côté Alpes du nord, l’aire de répartition est restée la même, avec cependant une légère dégradation dans les Bauges.
Dans les Ardennes, l’espèce a disparu.
La répartition couvre 192 unités naturelles pour une superficie de 10 288 km², soit 9% de moins qu’en 1999.

2010-2019 : aucune observation n’est faite dans les Ardennes françaises. Le Tétras-lyre est présent uniquement dans les Alpes. Son aire de répartition a peu varié au cours des deux dernières décennies. Des variations locales sont tout de même observées. Sa présence régulière est vérifiée sur 509 communes.

Répartition communale du Tétras-lyre en France durant la décennie 2010-2019

Abondance

Pour la décennie 2000-2009, la population est estimée à 16 600 adultes soit une tendance à la baisse de 10% par rapport à la décennie précédente (1990-1999). Cette baisse est variable selon la région géographique : -30% dans les Préalpes du sud, contre -11% dans les Alpes internes du nord et -6% dans les Préalpes du nord.

Tendance des effectifs

L’évaluation des tendances est un objectif majeur en dynamique des populations. Il se fait en suivant le nombre de coqs de tétras-lyre qui sont dénombrés tous les ans ou tous les deux ans sur des sites de comptage.

2000-2019 : les tendances enregistrées correspondent à :

  • Une baisse des effectifs dans les Préalpes du sud.
  • Une stabilité des effectifs dans les Alpes internes du nord et du sud.
  • Une diminution d’environ 1,1% par an et donc une perte de 22% des effectifs dans les Préalpes du nord.

Succès de la reproduction

Chaque année en août, les membres de l’Observatoire effectuent des comptages au chien d’arrêt de femelles et de nichées. Ces observations permettent d’estimer l’indice du succès de reproduction (IR) soit le nombre de jeunes par poule. Le nombre de jeunes peut varier de façon importante d’une région et d’une année à l’autre.

La reproduction du tétras-lyre est :

  • Mauvaise quand l’IR est inférieur à 1,1 jeunes par poule
  • Moyenne quand l’IR compris entre 1,1 et 1,8 jeunes par poule
  • Bonne quand l’IR est supérieur à 1,8 jeunes par poule

2002-2009 : l’indice de reproduction dans les Alpes varie de 0,8 à 2,1 jeunes par poule sur la décennie 2000-2009. Hormis quatre de bonne reproduction dans les Alpes internes du nord et une année de mauvaise reproduction dans les Préalpes du nord et la Dépression intra-alpine du nord, l’indice de reproduction est resté globalement moyen au cours de la décennie.

2010-2019 : l’indice de reproduction est de 1,2 à 1,8 jeunes par poule selon les années. Il est de 1,5 jeunes par poule sur l’ensemble des Alpes sur cette même décennie.

Indice de reproduction moyen du Tétras-lyre de 2010 à 2025 dans les Alpes

Prélèvements

La chasse du tétras-lyre (coqs maillés uniquement) est autorisée au niveau national pendant 30 à 40 jours par an (septembre-novembre) via un plan de chasse qui a été progressivement mis en place depuis la fin des années 1990 (arrêté ministériel du 26 juin 1987) et généralisé depuis 2010. Ce plan fixe chaque année des quotas départementaux en fonction du succès de la reproduction. La chasse est interdite dans le Var et les Ardennes.

Le suivi des prélèvements se fait au travers des carnets de prélèvements.

2000-2009 : le nombre moyen d’oiseaux prélevés au cours de la période 2000-2009 est de 750 par an, avec un minimum de 331 en 2008 et un maximum 1153 en 2000. Ces chiffres représentent 10% des effectifs moyens de coqs chanteurs. 2/3 des prélèvements sont faits dans les Alpes du nord.

2010-2019 : la réalisation du plan de chasse est de 48%. Le prélèvement moyen est de 384 oiseaux avec un minimum de 253 en 2011 et un maximum de 566 en 2015.

Prélèvement maximum préconisé et prélèvements réalisés de Tétras-lyre dans les Alpes de 2010 à 2019

Conditions météorologiques

Les conditions météo peuvent influer sur la production des jeunes. De trop fortes pluies pendant la période d’éclosion peuvent augmenter la mortalité des poussins. En hiver, le manque de neige, et au printemps, des températures trop basses peuvent affecter la condition physiologie des femelles et donc leur succès reproducteur.

Prédation

La marte et le renard sont les principaux prédateurs du tétras-lyre notamment pour les jeunes et les poules. Les rapaces génèrent également une forte prédation pour les tétras-lyres adultes.

Fréquentation touristique

Durant l’été, leurs pontes, étant au sol, les individus sont exposés à de nombreuses sources de dérangement notamment par la fréquentation humaine (randonnées avec et sans chiens, VTT, trail…) qui entraînent des conséquences directes sur la survie des pontes. Il en est de même lorsque les femelles élèvent les petits.

Infrastructures

Durant l’hiver, s’ils sont dérangés, les individus peuvent avoir un comportement de fuite les rendant plus vulnérables aux risques de collisions dans les câbles et les clôtures. La perte d’énergie, liée à ce comportement de fuite, les rendent également plus vulnérables et réduisent leurs performances à l’approche de la période de reproduction.
Durant la période 2000-2009, sur 80 des 255 domaines skiables, la mortalité d’environ 500 tétras-lyres est rapportée depuis la mise en place en 1993 du programme d’inventaire des câbles aériens dangereux. Cela représente 70 % des cas de mortalité signalés dans les Alpes.
A l’origine de ces collisions, 239 téléskis, 66 télésièges et 18 autres infrastructures (télécabines, téléphériques, catex, …). Les téléskis s’avèrent être les infrastructures les plus dommageables pour le tétras-lyre.

Exploitation pastorale

La dégradation des habitats de reproduction du tétras-lyre peut être due à la fermeture du milieu suite à la déprise agricole.
L’intensification ou la modification des pratiques peuvent là aussi intervenir dans la dégradation des habitats avec la disparition du couvert nécessaire pour le tétras-lyre en période de reproduction.

Réduire les menaces

Les dispositifs de visualisation mis au point permettent de réduire considérablement les risques de collision. L’Observatoire des Galliformes de Montagne est fortement impliqué dans des actions et programmes pour améliorer les connaissances sur les capacités visuelles des oiseaux et rendre plus visible les infrastructures qui nuisent aux galliformes. Depuis le début de ces actions, 75 portions de câbles dangereuses pour le tétras-lyre (1 catex, 70 téléskis et 4 télésièges) ont été visualisées sur 34 stations.

  • Buffet N., Dumont-Dayot E., Bernard-Laurent A., Berducou C., Magnani Y., Ménoni E., Montadert M., Novoa C., 2010. Suivi patrimonial des galliformes. Bilan de la décennie 2000-2009. OGM, 2010. 36p.
  • Dos Santos V. Bernard-Laurent A., Ménoni E., Montadert M., Novoa C., Amblard B., Gabrieli J., Milhau B., 2021. Suivi des galliformes de montage alpins et pyrénéens. Bilan de la décennie 2010-2019. OGM, 2021. 64 p.
  • Dos Santos V. et Montadert M., OGM. 2023. Répartition communale de la petite faune de montagne en France : bilan de la décennie 2010-2019 et évolution depuis 1950. OFB. Collection Comprendre pour agir. 36 p.
  • Bernard-Laurent A., Corti R., Ellison L., Leonard P., Magnani Y., 1998. Le tétras-lyre. ONC. Brochure, 26.
  • OGM, 1990-1999. Dix ans de suivi patrimonial. OGM, 2000. 20 p.
  • ONCFS, 2019. Note technique d’orientation sur la chasse aux galliformes de montagne dans les alpes du nord (département 26, 38, 73 et 74) et Hautes-Alpes (05). Equipe galliformes, ONCFS, Unité Petite Faune Sédentaires.
  • Service technique de l’Office National de la Chasse, 1984. Le tétras-lyre. ONC. Notes techniques, bulletin mensuel n°89, décembre 1984, fiche n°21.
  • Vaillance M. (Dir), 2007. Faune sauvage : biologie, habitats et gestion. ONCFS, 2007. Editions du Gerfaut.

Les autres espèces suivies