La Gélinotte des bois
La gélinotte des bois appartient à la sous-famille des Tétraonidés et au genre Bonasa. Son aire paléarcrique s’entend de l’Europe de l’Ouest à la Sibérie orientale. La gélinotte des bois est le plus petit des tétraonidés en Europe. L’aspect général du plumage est de type feuille morte, avec un dos et des couvertures roux-brun tachées de blanc et une face inférieure claire maculée de virgules sombres. La queue présente un aspect typique, grise avec l’extrémité formée d’une large bande noire bordée de blanc qui reste toutefois difficile à voir à l’envol.
Le dimorphisme sexuel est peu marqué, le mâle est plus contrasté avec des flancs plus roux et une gorge noire bordée de blanc alors que celle de la femelle est blanchâtre.
Le dimorphisme sexuel est peu marqué :
| Mâles | Femelles | |
|---|---|---|
| Taille (cm) | 34-37 | |
| Envergure (cm) | 48-54 | |
| Poids (g) | 300-500 | |
| Plumage | Flancs plus roux que la femelle, gorge noire bordée de blanc. Huppe érectile. Caroncule rouge vif au-dessus de l’oeil | Flancs plus roux, gorge blanchâtre |
Régime alimentaire
Les adultes se nourrissent exclusivement de végétaux. L’été, la gélinotte des bois se nourrit de limbes, de graines et d’inflorescences de plantes herbacées (violette, graminées, mélampyre, fraisiers, framboisiers, …). A l’automne, les adultes mangent des fruits provenant des sorbiers, des framboisiers et de l’aubépine pour progressivement s’alimenter de bourgeons d’arbustes. En hiver et au printemps, le régime alimentaire est constitué de feuillus (chatons de noisetier, de bouleau, bourgeons d’alisier, …), de bourgeons de framboisiers et de myrtilles.
Reproduction
La gélinotte des bois est monogame. Sa période de reproduction commence en mars. La gélinotte n’a pas de place de chant contrairement au grand tétras et au tétras-lyre. Pour défendre son territoire, le mâle émet au printemps et en automne un chant très aigu rappelant celui du roitelet. Comme il y a plus de mâles que de femelles au printemps, 10 à 60 % des coqs ne participent pas à la reproduction.
Les poules pondent entre 6 et 12 œufs. La couvaison, qui dure entre 22 à 25 jours, se fait uniquement par la femelle dans une cuvette aménagée au sol. Les éclosions ont lieu dès fin mai et les nichées sont élevées pendant 75 à 80 jours. Si la première ponte est un échec, la femelle peut en déposer une seconde.
L’espèce est la plus forestière des tétraonidés. Bien qu’elle puisse se rencontrer dans des boisements aussi bien résineux que feuillus, en plaine comme en montagne jusqu’à 1900 m d’altitude, elle recherche des types de boisements bien particuliers qui ne se rencontrent pas partout. Ils se caractérisent par trois composantes indispensables à l’oiseau, une structure diversifiée aussi bien verticalement qu’horizontalement qui offre un couvert de sécurité indispensable à leur protection. La présence d’arbustes feuillus comme les sorbiers, noisetiers, bouleaux ou aulnes dont les chatons ou les bourgeons sont utilisés comme alimentation hivernale et une strate herbacée/éricacée bien développée, riches en insectes indispensables au premier mois de vie des poussins.
La gélinotte des bois est très sédentaire. Les couples occupent des domaines vitaux assez petits (10 à 40 ha). Bien que certains faciès végétaux répondent à leurs divers besoins vitaux saisonniers, ces oiseaux ne s’y regroupent pas comme le font d’autres tétraonidés. Vu l’étroite imbrication des habitats à nichées dans la matrice boisée, il est très difficile de réaliser une cartographie fine de ces habitats.
Entre 2003 et 2007, des opérations de réhabilitation de milieux favorables à la gélinotte des bois sont entrepris sur le massif du Vuache.
1990-1999 : la présence régulière de l’espèce est observée sur 1 142 communes réparties sur 19 départements (1 dans le Massif Central, 671 dans les Alpes, 470 en Ardennes, Vosges et Jura). C’est 2 395 de moins (-68%) par rapport à 1960 et 165 de moins par rapport à 1990. L’espèce s’est étendue dans les Alpes du sud.
2000-2009 : la gélinotte des bois est présente dans les Alpes, les Vosges, le Jura et les Ardennes.
Son aire de répartition a régressé dans le nord de la France.
L’espèce est présente de façon irrégulière dans les Ardennes et a disparu dans 93 communes des Vosges et du Jura.
L’espèce a disparu dans 35 communes des Alpes du nord. En revanche, son aire de répartition s’est étendue dans les Alpes du Sud avec 15 nouvelles communes.
Au total, la gélinotte des bois est recensée de façon régulière dans 791 communes faisant d’elle l’espèce de petit gibier de montagne avec l’aire de répartition la plus grande en France. Mais cette aire de distribution connait une diminution de 31% depuis 1999 et de 75 depuis 1960.
2010-2019 : aucune observation n’est faite dans les Ardennes françaises, la gélinotte des bois est considérée comme disparue dans ce département.
Dans le massif vosgien, un déclin est observé avec une possible extinction durant la décennie suivante.
Dans le Jura, l’espèce monte en altitude et disparait dans les communes en périphérie de l’air de distribution.
L’air de répartition se contracte dans les Alpes, notamment en Haute-Savoie. Dans les Alpes maritumes, malgré l’expansion observée depuis 1980, la gélinotte des bois ne s’s’installe pas de façon régulière.
Abondance et tendance des effectifs
La gélinotte des bois ne bénéficie pas des mêmes modalités de suivi que la plupart des autres espèces de galliformes. En effet, sa grande discrétion et les milieux denses qu’elle occupe, empêche la mise en œuvre des méthodes classiques de dénombrement qui s’appuient sur des contacts visuels ou auditifs. La méthode mise en place s’appuie sur une recherche des indices de présence (crottes, traces de pattes, plumes, …).
Peu de données existent en France du fait des difficultés pour observer l’espèce et mettre en place des protocoles de suivi. Les densités peuvent atteindre localement 4 à 5 couples aux 100 ha, mais les densités moyennes sont de l’ordre de 0,5 à 4 adultes pour 100 ha. Les effectifs connaissent des variations importantes d’une année sur l’autre.
Succès de la reproduction
Il n’existe pas de méthode pour dénombrer les jeunes et les adultes en été. L’utilisation de chiens d’arrêt est impossible car l’oiseau « piète » et s’envole hors de vue. Les méthodes de suivi telles que les battues en ligne sont impossibles à appliquer en milieux accidentés et/ou denses. Aucun programme OGM n’a pu être développé pour estimer l’indice annuel de reproduction.
Prélèvements
1990-1999 : la gélinotte des bois est peu chassée. La chasse est autorisée sur 6 des 21 départements où l’espèce est présente (Jura, Ain, Haute-Savoie, Savoie, Isère, Hautes-Alpes). Dans les Alpes, la chasse est ouverte de mi-septembre/début octobre jusqu’au 11 novembre. Plusieurs mesures sont instaurées : plan de chasse dans le Jura et dans l’Ain, interdiction de la chasse au chapeau à l’appeau depuis 1967, réduction du prélèvement individuel.
A la fin de la décennie, ce sont finalement 4 départements qui pratiquent le tir de la gélinotte des bois (Haute-Savoie, Savoie, Isère et Hautes-Alpes). Le nombre de jours de chasse se situe entre 25 et 45. Une cinquantaine d’oiseaux sont tirés chaque année.
2000-2009 : diverses dispositions font que seuls les chasseurs de Haute-Savoie, Savoie et d’Isère peuvent chasser la gélinotte des bois. Elle est soumise à plan de chasse dans les Hautes-Alpes avec des prélèvements nuls pendant plusieurs années. Le plan de chasse est de 0 dans les Alpes de Haute-Provence. Au total, une quarantaine d’oiseaux par an est prélevée dans les départements de l’Isère, de la Savoie et de la Haute-Savoie. Au cours de la décennie, les prélèvements ont diminué de 24 %.
2010-2019 : les prélèvements moyens sont de 23 oiseaux.
Les principales menaces qui pèsent sur cette espèce sont :
- L’exploitation forestière
- La prédation
- Les conditions météo
- Les infrastructures
Exploitation forestière
Les changements dans la structure et la composition des habitats forestiers, conséquence, selon les lieux, de l’intensification de la sylviculture, ou au contraire de son abandon, notamment dans les forêts à dominante feuillue autrefois gérées en taillis, sont une menace pour l’espèce. L’intensification de certaines pratiques comme la monoculture de conifères ou le nettoyage intensif peuvent fragmenter l’habitat et augmenter la disparition de petites populations isolées.
Prédation
La martre et le renard sont responsables des cas de mortalités à hauteur de 37 % pour les mâles et de 50 % pour les femelles. Une forte pression de prédation vient aussi des autours.
Mortalité dans les câbles aériens des remontées mécaniques
Un seul cas de mortalité dans les câbles de remontées mécaniques est répertorié sur la décennie 1990-1999. Ce sont 10 cas de collisions qui sont répertoriés avec la décennie suivante dont 7 sur les 255 stations alpines. 6 cas sont imputables à des téléskis. Les portions à risque ont été portées à la connaissance des responsables des domaines skiables pour les inciter à mettre en place les dispositifs de visualisation.
- Buffet N., Dumont-Dayot E., Bernard-Laurent A., Berducou C., Magnani Y., Ménoni E., Montadert M., Novoa C., 2010. Suivi patrimonial des galliformes. Bilan de la décennie 2000-2009. OGM, 2010. 36p.
- Dos Santos V. Bernard-Laurent A., Ménoni E., Montadert M., Novoa C., Amblard B., Gabrieli J., Milhau B., 2021. Suivi des galliformes de montage alpins et pyrénéens. Bilan de la décennie 2010-2019. OGM, 2021. 64 p.
- Dos Santos V. et Montadert M., OGM. 2023. Répartition communale de la petite faune de montagne en France : bilan de la décennie 2010-2019 et évolution depuis 1950. OFB. Collection Comprendre pour agir. 36 p.
- Montadert M., Leonard P., Corti R., 1997. La gélinotte des bois. ONC. Brochure, 25.
- OGM, 1990-1999. Dix ans de suivi patrimonial. OGM, 2000. 20 p.