Le Lagopède alpin
Le lagopède alpin ou perdrix des neiges appartient au genre Lagopus. Il est originaire de la toundra arctique et sa distribution est circumboréale (au-delà de 60°N de latitude). Il peuple également l’Europe : Ecosse, Scandinavie, Alpes et Pyrénées, qu’il a colonisé lors des dernières glaciations. En France, il existe deux espèces : Lagopus muta pyrenaica dans les Pyrénées et Lagopus muta helvetica dans les Alpes. Les individus des Pyrénées sont plus lourds que ceux des Alpes. Les individus muent à 3 reprises dans l’année, soit complètement (en été) soit partiellement (au printemps et à l’automne).
Le dimorphisme sexuel est peu marqué :
| L. muta pyrenaica | L. muta helvetica | |||
|---|---|---|---|---|
| Mâles | Femelles | Mâles | Femelles | |
| Taille (cm) | 36-41 | |||
| Envergure (cm) | 54-65 | |||
| Poids moyen (g) | 420-540 | 350-480 | 420-540 | 350-480 |
| Plumage | Dimorphisme sexuel peu marqué. Variabilité saisonnière : mâles et femelles entièrement blancs en hiver sauf les rectrices noires et des lores sombres (mâle). En été, plumage gris chez les mâles et fauve chez les femelles. Ailes et ventre restent blancs | |||
Régime alimentaire
Les adultes sont quasi exclusivement végétariens. L’hiver, ils se nourrissent de rameaux de saules nains, de myrtilles, de feuilles d’azalée, de dryade… Au printemps les adultes consomment des plantes herbacées et ligneuses. L’été, le régime alimentaire est varié : feuilles de plantes herbacées, fleurs, fruits, trèfles. En automne, les fruits de myrtilles, de renouée vivipare et de saxifrages, les feuilles de saules et de dryades sont la base du régime alimentaire.
Les poussins se nourrissent des mêmes aliments que les adultes en été. Ils consomment également des petits invertébrés tels que les insectes, les mollusques et les araignées.
Reproduction et durée de vie
Le lagopède est une espèce monogame et vit en couple sur un territoire d’une 15aine d’hectares défendu par le mâle. Les mâles peuvent néanmoins s’approprié deux femelles. Les parades nuptiales ont lieu chaque année d’avril à mi-juin.
Les mâles et les femelles sont matures sexuellement à un an.
Les femelles construisent leur nid à découvert ou le dissimulent partiellement sous des rochers ou buissons. Les pontes se situe entre juin et juillet. Elles pondent 4 à 10 œufs. La femelle peut avoir une deuxième ponte, voire une troisième s’il y a destruction de la précédente. La couvaison dure 21 à 24 jours. Durant cette période, le mâle reste proche d’elle pour la protéger des prédateurs et des autres mâles. L’éclosion est de fin juin à août avec un pic du 10 u 20 juillet. Les petits quittent leur mère à l’âge de 70-80 jours.
Le lagopède est un oiseau des hautes altitudes, entre 1 800 m et 3 000 m, jusqu’en limite des glaciers. Son habitat est constitué de pelouses rases parsemées d’arbrisseaux nains où les pierriers sont toujours fortement représentés. A l’étage subalpin supérieur, le lagopède privilégie les landes à éricacées parsemées d’arbres isolés. Plus haut, l’espèce préfère une végétation plus rase avec des pelouses et landes dominées par des arbrisseaux.
Les femelles nichent entre 2 100 et 2 600 mètres au printemps, là où la végétation est rase. En été elles élèvent leurs petits dans une végétation herbacée d’une hauteur comprise entre 10 et 20 cm. Les individus sans jeunes à élever montent en altitude, à proximité des glaciers. L’hiver, les oiseaux recherchent des endroits enneigés pour se reposer, ou balayés par le vent pour se nourrir.
A l’heure actuelle, l’OGM ne dispose d’aucune cartographie des habitats ou des sites vitaux du lagopède. Un recueil des observations occasionnelles a été mis en place récemment. La quantité de données récoltées permettra certainement dans un avenir proche d’établir une cartographie à minima des zones fréquentées pendant les saisons hivernales et de reproduction.
1990-1999 : l’espèce est présente sur 298 communes de 7 départements alpins soit 131 de moins qu’en 1960. Son aire de distribution dans les Alpes a peu évolué au cours de la décennie et couvre 8 160 km²
Dans les Pyrénées, le lagopède est présent sur 118 communes réparties sur 5 départements. C’est 51 de moins qu’en 1960 (- 30 %). Son aire de répartition (1 859 km²) est stable sur ce massif.
2000-2009 : le lagopède est présent de façon régulière sur 257 communes dans les Alpes et 115 communes dans les Pyrénées. Pour les Alpes, c’est 13 % de moins qu’en 1999 et 34 % de moins par rapport aux années 1950. Sur les Préalpes (Bauges, Bornes, Sud du Vercors, Préalpes de Dignes et Préalpes Maritimes) et les Alpes Internes du Nord, son aire de répartition s’est réduite, tandis que dans les Alpes du sud son statut communal est similaire à celui de la décennie 1990-1999.
Pour les Pyrénées, l’aire de distribution est stable par rapport à la décennie précédente mais a diminué de 18 % depuis 1950.
L’aire de répartition couvre 8 200 km² dans les Alpes et 1 840 km² dans les Pyrénées.
2010-2019 : dans les Pyrénées, sur la décennie 2010-2019, le lagopède est présent de façon régulière sur 113 communes et de façon irrégulière sur 18 communes. Entre 2000 et 2019, l’espèce a disparu de 16 communes, toutes situées en périphérie de son aire de distribution, ce qui suggère une diminution de celle-ci.
Dans les Alpes, la présence régulière du lagopède est constatée dans 250 communes. Sa présence irrégulière est sur 71 communes. Depuis 1950, l’espèce a disparu de 92 communes dont 27 sur la période 2010-2019.
Abondance
Aucun programme n’a pu être mis en œuvre pour estimer les effectifs de cette espèce à l’échelle d’un massif, faute de méthodes de recensement praticables.
Tendance des effectifs
L’évaluation des tendances est un objectif majeur en dynamique des populations. Il se fait en suivant le nombre de coqs qui sont dénombrés tous les ans ou tous les deux ans sur des sites de comptage.
1990-1999 : dans les Alpes, les densités vont de 1 à 6 coqs chanteurs par km². La tendance sur les sites est stable.
2000-2009 : dans les Alpes, la baisse des densités moyennes de coqs semble être marquée sur les sites de comptage des Préalpes du Nord. Une baisse de plus de 20 % est observée sur 1 site (la Tournette).
Dans les Pyrénées, les effectifs de la Haute chaîne centrale et occidentale sont en régression sans toutefois que des analyses de tendances aient été effectuées.
2010-2019 : un déclin significatif est constaté sur les sites des Préalpes du nord et Alpes internes du sud. Une stabilité globale est observée pour les effectifs des Alpes internes du nord.
Les analyses ne sont pas effectuées pour les Pyrénées, car aucune donnée n’est disponible.
Succès de la reproduction
Débuté en 1996, des comptages au chien d’arrêt au lieu chaque été au moins. Ces observations d’adultes et de jeunes permettent d’estimer l’indice du succès de reproduction (IR) soit le nombre de jeunes par poule. Une fécondité supérieure à 0,4 jeunes par adultes (soit 1 jeune par poule) stabilise la population. Le sex-ratio est déséquilibré et en faveur des mâles (150 mâles pour 100 femelles).
1996-1999 : l’indice de reproduction dans les Alpes est en moyenne de 0,3 jeunes par adulte.
2002-2009 : l’indice de reproduction annuel moyen dans les Alpes est de 0,3 jeunes par adultes. Dans les Pyrénées, il est de 0,4. La reproduction est comparable à celle de la décennie précédente.
2010-2019 : 0,3 jeunes/adulte en moyenne sont comptabilisés dans les Alpes. La reproduction semble meilleure dans les alpes internes du nord (0,4 jeunes par adultes). Dans les Alpes internes du sud, l’indice de reproduction est de 0,2 jeunes par adulte.
L’indice de reproduction moyen dans les Pyrénées est de 0,5 jeunes/adulte.
Prélèvements
1990-1999 : l’espèce est chassée dans 10 des 12 départements où elle est présente (pas dans le 26 et le 66). Le nombre de jours autorisés dans les Alpes du nord varie de 25 à 45 jours, de 4 à 9 jours dans les Alpes du sud et il est de 10 jours dans les Pyrénées.
La chasse est régulée par des espaces protégés, des suspensions volontaires communales, d’un plan maximal autorisé (PMA), …
Les carnets de prélèvements sont obligatoires à partir de 1998.
2000-2009 : les lagopèdes sont prélevés dans 10 départements au début de la décennie (pas dans le 26 et le 66). En 2009, les prélèvements ont lieu dans 4 départements (Savoie, Haute-Savoie, Isère et Ariège). Le tir est interdit dans le 26 et le 66. Les autres départements maintiennent un PMA ou un plan de chasse à 0, comme sur les forêts domaniales dans les Pyrénées depuis 2004.
Le nombre de jours autorisés est compris entre 13 et 48 dans les Alpes du Nord. Il est plus réduit dans les Alpes du sud (4 à 17 jours en moyenne) et dans les Pyrénées (10 jours en moyenne).
Le nombre d’oiseaux prélevés en France au cours de la décennie 2000-2009 a été au minimum de 57 en 2008 et au maximum de 390 en 2001. 43 % l’ont été dans le seul département de la Savoie.
2010-2019 : Du fait d’un IR inférieur à 0,4 jeunes par adulte, la chasse a été fermée pendant 7 saisons en Haute-Savoie, 4 saisons en Savoie, 3 saisons en Isère et 9 saisons dans les Hautes-Alpes. Le prélèvement moyen annuel est de 23 oiseaux contre 187 pour la période précédente.
Conditions météorologiques
Une mortalité importante des poussins est observée dans le cas ou de fortes chutes de pluies surviennent dans le mois qui suit l’éclosion.
Prédation
La prédation (renard, martre, hermine, corvidés) est la principale cause de destruction des nids. Cette prédation explique en partie le faible taux de reproduction chez les lagopèdes. Pour les adultes, la mortalité est due aux rapaces comme l’aigle royal ou le faucon pèlerin, et aux carnivores.
Fréquentation touristique et infrastructures
Les grands aménagements touristiques de la montagne qui, entre fréquentation humaine croissante (ski hors-piste, randonnée en raquettes ou durant l’été), dégradation des habitats et installation de kilomètres de câbles dangereux pour les oiseaux, laissent de moins en moins d’espaces sauvages, sont les principales menaces qui pèsent sur le lagopède. Le lagopède est, tout comme les autres espèces de galliformes, victime de collisions avec des câbles de remontées mécaniques. Depuis le début de l’enquête dans les stations de ski, 144 cas de mortalité de lagopèdes ont été rapportés dont 41 cas dans les Pyrénées et 103 dans les Alpes, ce qui correspond, respectivement, à 27 % et 15 % du nombre de cas de mortalité enregistrés dans ces deux massifs. A l’origine de ces collisions, 94 téléskis et 13 télésièges, répartis sur 47 stations dont 11 dans les Pyrénées et 36 dans les Alpes.
Par contre, le Lagopède est certainement moins concerné que le grand tétras ou la Perdrix grise par le problème de collision avec des clôtures car elles ne se trouvent que très rarement dans son habitat.
Exploitation pastorale
Les zones de reproduction peuvent se situées dans des pâturages de bovin ou d’ovins. En juillet, le dérangement par les troupeaux augmente l’abandon des nids et facilite donc la prédation. Les troupeaux sont également responsables du piétinement des œufs, des poussins et de la destruction de la végétation nécessaire pour l’élevage.
- Bernard-Laurent A., Brenot J.-F., Desmest J.-F., Ellison L., Morscheidt J., Corti R., 2002. Le lagopède alpin. ONCFS. Brochure, 29.
- Brondes F., Delestrade A., Alvarez I., Mansons J, Perrot C., Bunz Y. Bouvet P., 2023. Montagne et changement climatique : sur les traces du lagopède alpin et du lièvre variable. CREA Mont-Blanc
- Buffet N., Dumont-Dayot E., Bernard-Laurent A., Berducou C., Magnani Y., Ménoni E., Montadert M., Novoa C., 2010. Suivi patrimonial des galliformes. Bilan de la décennie 2000-2009. OGM, 36p.
- Dos Santos V. Bernard-Laurent A., Ménoni E., Montadert M., Novoa C., Amblard B., Gabrieli J., Milhau B., 2021. Suivi des galliformes de montage alpins et pyrénéens. Bilan de la décennie 2010-2019. OGM, 64 p.
- Dos Santos V. et Montadert M., OGM. 2023. Répartition communale de la petite faune de montagne en France : bilan de la décennie 2010-2019 et évolution depuis 1950. OFB. Collection Comprendre pour agir. 36 p.
- OGM, 1990-1999. Dix ans de suivi patrimonial. OGM, 2000. 20 p.
- ONCFS, 2019. Note technique d’orientation sur la chasse aux galliformes de montagne dans les alpes du nord (département 26, 38, 73 et 74) et Hautes-Alpes (05). Equipe galliformes, ONCFS, Unité Petite Faune Sédentaires.
- Vaillance M. (Dir), 2007. Faune sauvage : biologie, habitats et gestion. ONCFS, 2007. Editions du Gerfaut.