La Perdrix grise de montagne
La perdrix grise est originaire des steppes d’Asie centrale. Elle s’est répandue dans les plaines cultivées et s’est adaptée aux domaines pâturés des montagnes. 6 à 8 sous-espèces sont décrites. La France en abrite deux : Perdix perdix armoricana que l’on retrouve dans le nord, l’ouest et le Massif Central, et Perdix perdix hispaniensis (Perdrix grise des Pyrénées) cantonnée exclusivement à la chaine pyrénéenne. Cette dernière est également présente dans les Pyrénées espagnoles et andorranes, et en péninsule ibérique.
Le dimorphisme sexuel est peu marqué :
| Mâles | Femelles | |
|---|---|---|
| Taille (cm) | ||
| Envergure (cm) | ||
| Poids (g) | 315-385 | 300-365 |
| Plumage | Front, côtés de la tête et gorge roux-orangé, dos gris brunâtre, flancs gris largement barrés de roux, ventre gris marqué d'un fer à cheval brun sombre, parfois incomplet. Tâches claires en forme de losange sur les plumes du haut du dos et du cou, tâches noires sur la partie rousse des rectrices | Tête est roux pâle, dos brun-noirâtre rayé transversalement, fer à cheval sur le ventre absent ou incomplet. Tâches claires en forme de losange sur les plumes du haut du dos et du cou, tâches noires sur la partie rousse des rectrices |
Les oiseaux des Pyrénées sont plus légers que ceux du nord de la France et présentent un plumage plus sombre.
Régime alimentaire
Pendant l’hiver et le printemps, les adultes se nourrissent principalement de plantes herbacées (fétuque, pâturin, trèfle). Des bulbes et tubercules, des graines et baies complètent le régime alimentaire en été et automne. Les adultes peuvent également se nourrir d’orthoptères er coléoptères.
Les jeunes se nourrissent les premières semaines de vie d’insectes comme des fourmis, des orthoptères et coléoptères.
Reproduction
La perdrix grise des Pyrénées est monogame. La formation des couples peut intervenir dès le mois de février. Le couple utilise au printemps et en été un domaine vital réduit de moins de 15 ha. Durant la reproduction, les mâles commencent à chanter une heure avant le lever du soleil.
Femelles et mâles se reproduisent dès l’âge d’un an.
Les poules pondent entre 13 et 15 œufs entre mai et juin. L’éclosion a lieu en juillet. Il peut y avoir plusieurs pontes de remplacement. L’élevage est assuré par le couple. On compte en moyenne entre 3 et 4 jeunes par adulte. Les jeunes atteignent leur taille adulte à la mi-octobre mais ne quittent pas le groupe familial avant le printemps suivant.
Le taux de survie annuel est de 25 % sans distinction entre adultes et jeunes.
Oiseau généralement considéré comme caractéristique des milieux ouverts, la perdrix grise des Pyrénées affectionne l’alternance de pelouses et de landes, avec des recouvrements en ligneux bas variables mais toujours supérieurs à 40 %. Sur le domaine atlantique, l’espèce fréquente principalement les landes à callune ou à genévrier, mais aussi les landes mixtes à rhododendron et myrtille. Sur le domaine méditerranéen, les landes à genêt purgatif en mélange ou non avec le genévrier commun et le raisin d’ours représentent l’habitat de prédilection.
A l’automne, les reposoirs à troupeaux, caractérisés par l’abondance des plantes nitrophiles, sont particulièrement attractifs pour les oiseaux. En hiver, l’utilisation de l’habitat dépend de l’importance de l’enneigement. L’oiseau utilisera, selon les cas, soit les mêmes habitats qu’en période de reproduction, soit les pelouses rases d’altitude régulièrement déneigées par le vent ou encore les zones de cultures situées à basse altitude (céréales, prairies de fauche).
Seules certaines zones (altitude, exposition, végétation) conviennent à la perdrix grise pour nicher et élever ses jeunes.
Toutes saisons confondues, l’occurrence de l’espèce est maximale : entre 1 300 m et 2 200 m au centre et à l’ouest des Pyrénées, entre 1 900 m à 2 500 m à l’est des Pyrénées.
De nombreux partenaires de l’Observatoire réalisent de façon ponctuelle des aménagements dont le but est d’améliorer l’habitat de la perdrix grise des Pyrénées. Il s’agit principalement d’opérations dont l’objectif est de créer une mosaïque constituée à la fois de milieux ouverts (plages de plantes herbacées) et de milieux fermés (plages de sous arbrisseaux).
Habitat de la Perdrix grise
1990-1999 : en 1999, l’espèce est présente de façon régulière dans 302 communes réparties sur 6 départements pyrénéens. Sa disparition est avérée dans 9 communes depuis 1990. Son aire de distribution s’étend sur une superficie de 5 899 km².
2000-2009 : au cours de la décennie 2000-2009, la présence régulière de la perdrix grise est attestée sur 306 communes dans les 6 départements pyrénéens. Sa distribution est continue sur la haute chaîne d’ouest en est. Son aire de répartition couvre une superficie totale de 5 880 km². Celle-ci n’a quasiment pas changé en quarante ans, avec une régression de seulement 6 % du nombre de communes de présence régulière de l’espèce.
2000-2009 : il n’y a pas d’évolution notable par rapport à la décennie précédente. La disparation est signalée dans 8 communes mais ces chiffres sont contrebalancés par des communes qui passent d’absentes à irrégulière ou d’irrégulières à régulières.
Abondance et tendance des effectifs
Les dénombrements des Perdrix grises reposent sur des comptages effectués l’été à l’aide de chiens d’arrêt. Ces comptages sont réalisés sur un ensemble de secteurs d’une superficie moyenne de 40 ha. Il est possible d’obtenir chaque année une estimation du niveau d’abondance des populations, exprimé par un nombre de Perdrix grises par 100 ha. Une extrapolation de la densité moyenne à la surface d’habitat potentiellement favorable à l’espèce permet d’obtenir une estimation de la population avant chasse sur une entité géographique donnée.
A titre d’exemple, en 2025, 25400 hectares ont été prospectés (611 secteurs) et 4 298 oiseaux ont été dénombrés soit 17 perdrix au 100 ha.
Succès de la reproduction
Comme pour d’autres espèces de galliformes, le succès reproducteur est estimé par comptage au chien d’arrêt. Cependant, pour la Perdrix grise, il n’est pas toujours aisé de compter à la fois le nombre d’individus à l’envol et de déterminer l’âge des oiseaux. Le pourcentage d’oiseaux d’âge indéterminé est donc toujours élevé, 24% en moyenne de 2010 à 2019.
De 2010 à 2019, le nombre moyen de jeunes par adulte a varié de 2,5 à 3,7 (moyenne 3,2), ce qui illustre une fois de plus le fort potentiel reproducteur de cette espèce.
Comptage au chien
La perdrix grise des Pyrénées est une espèce qui présente un fort intérêt cynégétique comme en témoignent les tableaux de chasse annuels. Elle est considérée comme gibier sédentaire.
Prélèvements
1990-1999 : le nombre de jours de chasse autorisés est de 7 à 29 selon le département. La régulation se fait par espaces protégés, plan de chasse, suspension volontaire.
En 1999, 1 558 oiseaux sont prélevés.
2000-2009 : le nombre de jours de chasse autorisés est de 5 à 41 selon le département. Il y a une grande hétérogénéité des mesures sur cette espèce : prélèvements maximum autorisés (PMA) par chasseur/an ou par jour/chasseur ou par chasseur/saison, plan de prélèvement départemental, …
Durant cette période, entre 1 029 (en 2002) et 2 324 (en 2006) oiseaux sont prélevés chaque année.
L’évolution des prélèvements sont parallèles à celles des densités observées en août.
2010-2019 : la perdrix grise des Pyrénées est toujours soumise à un PMA dont les modalités varient selon les départements. Sur cette décennie, le prélèvement moyen annuel est de 1 446 oiseaux. 70 à 80 % de ces prélèvements sont effectués par les départements Hautes-Pyrénées et Ariège.
Les principales menaces qui pèsent sur cette espèce sont :
- L’exploitation pastorale et forestière
- La modification des habitats
- La prédation
- Les infrastructures et la fréquentation touristique
- Les conditions météorologiques
Exploitation pastorale et forestière
La fermeture des landes d’altitude, avec pour stade ultime leur reforestation, constitue la principale menace pour la conservation de l’espèce à long terme. A l’inverse, la reconquête des parcours d’altitude par des opérations d’amélioration pastorale trop radicales peut entrainer des pertes d’habitat, car ces aménagements aboutissent localement à l’élimination totale du couvert de reproduction.
Le feu pastoral, utilisé pour limiter l’embroussaillement, a des effets négatifs car il réduit le couvert nécessaire pour la reproduction mais également positif car il maintien les milieux ouverts.
Prédation
La prédation est également un des facteurs expliquant le taux de survie faible. Les carnivores et les rapaces contribuent de la même manière à la prédation.
Infrastructures
Bien que moins touchée que d’autres espèces de galliformes, la perdrix grise ne reste pas moins victime de collisions avec des câbles de remontées mécaniques. Entre 2000 et 2023, 46 cas de mortalité de perdrix grises ont été rapportés, ce qui correspond à 29 % de la totalité des cas de mortalité de l’avifaune enregistrés dans les Pyrénées. A l’origine de ces collisions : 30 téléskis, 11 télésièges et 1 télécorde, répartis sur 20 stations parmi les 29 en activité.
Six cas de mortalité de perdrix grise par collision avec des clôtures ont également été rapportés. 19 cas sont signalés toutes espèces confondues.
- Buffet N., Dumont-Dayot E., Bernard-Laurent A., Berducou C., Magnani Y., Ménoni E., Montadert M., Novoa C., 2010. Suivi patrimonial des galliformes. Bilan de la décennie 2000-2009. OGM, 2010. 36p.
- Dos Santos V. Bernard-Laurent A., Ménoni E., Montadert M., Novoa C., Amblard B., Gabrieli J., Milhau B., 2021. Suivi des galliformes de montage alpins et pyrénéens. Bilan de la décennie 2010-2019. OGM, 2021. 64 p.
- Dos Santos V. et Montadert M., OGM. 2023. Répartition communale de la petite faune de montagne en France : bilan de la décennie 2010-2019 et évolution depuis 1950. OFB. Collection Comprendre pour agir. 36 p.
- OGM, 1990-1999. Dix ans de suivi patrimonial. OGM, 2000. 20 p.
- Vaillance M. (Dir), 2007. Faune sauvage : biologie, habitats et gestion. ONCFS, 2007. Editions du Gerfaut.
- https://professionnels.ofb.fr/fr/doc-fiches-especes/perdrix-grise-perdix-perdix