Le Lagopède

Le Lagopède alpin est un Tétraonidé de petite taille, environ 450-550 gr pour le mâle,LagoHiver2 Jean GUILLET un peu moins pour la femelle. Son plumage est unique en ce qu'il présente une alternance saisonnière de deux phases très différentes. En hiver, les deux sexes sont totalement blancs, à l'exception des rectrices noires et, uniquement chez le mâle, des lores sombres. En été, seuls les ailes et le ventre, restent blancs. Le reste du corps est gris-brun rayé et panaché de teintes brunes et blanchâtres.
C'est une espèce sédentaire bien que des déplacements assez importants, dépassant parfois une vingtaine de km, puissent être réalisés soit par des adultes entre leurs quartiers d'hiver et de reproduction, soit par des jeunes lors de leur dispersion post-juvénile. Le lagopède vit en couple au printemps dans un territoire défendu par le mâle sur une quinzaine d'ha. La femelle dépose en juin une ponte de 6-7 œufs en moyenne, couvée pendant 21-23 jours. Elle élève seule ensuite sa nichée pendant 60-70 jours. En été et en automne, les oiseaux des deux sexes, ont tendance à se regrouper dans des rassemblements pouvant compter plusieurs dizaines d'individus.

C'est l'oiseau des hautes altitudes entre 1800 m et 3000 m, jusqu'en limite des glaciers. Son habitat est constitué de pelouses rases parsemées d'arbrisseaux nains où les pierriers sont toujours fortement représentés.

Actions de conservation 1En France, le Lagopède atteint la limite sud de sa répartition européenne. Il est représenté par deux sous-espèces génétiquement bien différentiées, L. muta. helvetica dans les Alpes et L. m. pyrenaica dans les Pyrénées. Sa distribution n'a que peu changé depuis les années 1950 et tous les massifs suffisamment élevés sont encore occupés. On constate cependant une certaine contraction de cette distribution aux marges de l'aire, dans les massifs les moins élevés.
Les principales menaces qui pèsent sur le lagopède à court terme sont les grands aménagements touristiques de la montagne qui, entre fréquentation humaine croissante, dégradation des habitats et installation de kilomètres de câbles dangereux pour les oiseaux, laissent de moins en moins d'espaces sauvages, auparavant peu touchés par l'activité humaine. La chasse a pu être aussi autrefois un facteur limitant, d'autant plus que le Lagopède montre un faible succès reproducteur chronique que ce soit dans les Alpes ou les Pyrénées. Avec le développement de réglementations plus contraignantes Actions-de-conservation2(plan de chasse, limitation du nombre de jours de chasse, prélèvements maximum autorisés), les tableaux sont maintenant très faibles, inférieurs à 100 oiseaux depuis le milieu des années 2000, plusieurs départements ne donnent même plus d'attributions. Sur le plus long terme, le réchauffement climatique pourrait faire remonter en altitude les conditions environnementales favorables à l'oiseau, altérer les conditions climatiques en période de reproduction et entrainer ainsi une réduction et une fragmentation des populations et une altération de leur performance démographique.
L'O.G.M. suit cette espèce dans les deux massifs, en réalisant des comptages printaniers de mâles chanteurs sur 14 sites de référence alpins et 6-8 pyrénéens. Le succès reproducteur est aussi évalué en réalisant des comptages aux chiens d'arrêt en août sur 15 sites alpins et 7 pyrénéens.

Communale :

Evolution-repartitionAu cours de la décennie 2000-2009, la présence régulière du lagopède est avérée sur 257 communes alpines (Lagopus muta helvetica) et 115 communes pyrénéennes (Lagopus muta pyrenaica)().

Sur les Préalpes (Bauges, Bornes, Sud du Vercors, Préalpes de Dignes et Préalpes Maritimes) et les Alpes Internes du Nord, son aire de répartition s'est considérablement réduite, tandis que dans les Alpes du Sud son statut communal est similaire à celui de la décennie 1990-1999.

Globalement, sur le massif des Alpes, le nombre de communes de présence régulière pour Lagopus muta helvetica a diminué d'environ 13 % depuis 1999 (), et d'environ 34 % depuis les années 50 (et ).
Sur le massif des Pyrénées, l'aire de répartition de Lagopus muta pyrenaica se stabilise. En effet, le nombre de communes de présence régulière de la sous-espèce a diminué de 18 % depuis les années 50 () mais n'a pas changé depuis 1999.

Son aire de présence couvre actuellement les parties favorables de 111 unités.

Unité naturelle :

O.G.M.-019 LAG France Son aire de présence couvre actuellement les parties  favorables de 111 unités.

Cartographie à dire d'experts

A l'heure actuelle, l'O.G.M. ne dispose d'aucune cartographie des habitats ou des sites vitaux du lagopède.
Un recueil des observations occasionnelles a été mis en place récemment. La quantité de données récoltées permettra certainement dans un avenir proche d'établir une cartographie à minima des zones fréquentées pendant les saisons hivernales et de reproduction.

Modélisation des habitats

Une étude menée en partenariat avec l'O.N.C.F.S. et le parc des écrins a cherché à qualifier le type d'habitat recherché en priorité par le Lagopède au sein du parc. Elle n'a pas fourni d'éléments très nouveaux sur la sélection de l'habitat de l'espèce. On montre ainsi, que le Lagopède dans le parc des Ecrins sélectionne en priorité les zones rocheuses et les landes basses, de préférences celles situées à forte altitude.

 

Abondance :

Aucun programme n'a pu être mis en œuvre pour estimer les effectifs de cette espèce à l'échelle d'un massif, faute de méthodes de recensement praticables sur la totalité d'unités naturelles ou de sous-unités représentatives.
Parallèlement aux suivis mis en place par l'O.G.M., certains partenaires ont travaillé sur l'amélioration des méthodes d'inventaires.
Ainsi, dans les Alpes, le Parc National des Ecrins a réalisé des essais d'inventaires de mâles chanteurs sur la totalité de trois unités naturelles du Parc.
Cette prospection a permis de modéliser la probabilité de présence de l'espèce à partir de la description de l'habitat au sein du parc. La qualité de la prédiction de présence du lagopède a été grandement améliorée par l'utilisation d'une carte détaillée de la végétation subalpine, hélas uniquement disponibles dans le parc, ce qui exclue l'application de ce modèle à l'ensemble des Alpes.

La Fédération Départementale des Chasseurs de l'Ariège et le Gouvernement d'Andorre ont travaillé de leur côté sur l'amélioration des protocoles de dénombrement des mâles chanteurs. Enfin, plus récemment, l'O.N.C.F.S., la Fédération Départementale des Chasseurs de la Haute-Garonne et la Fédération des Réserves Naturelles Catalanes, ont travaillé sur la mise au point d'une stratégie d'échantillonnage pour déterminer l'abondance des mâles chanteurs à l'échelle d'un massif

Tendance :

Des dénombrements annuels ou bi-annuels des coqs sont effectués sur 14 sites dans les Alpes (4 dans les Préalpes du Nord, 6 dans les Alpes Internes du Nord et 4 dans les Alpes Internes du Sud) et 8 dans les Pyrénées.

Dans les Alpes, entre 2000 et 2009, la baisse des densités moyennes de coqs semble particulièrement marquée sur les sites de référence des Préalpes du Nord. Toutefois, sur le plan statistique, une baisse de plus de 20 % n'a pu être mise en évidence que sur 1 seul des 14 sites alpins (la Tournette).

 Suivi-demographique-2

Dans les Pyrénées, les effectifs de la Haute chaîne centrale et occidentale paraissent en légère régression sur la période 2000-2009, mais aucune analyse de tendance n'a été réalisée à ce jour sur ce massif.

 

Reproduction :

Pendant la décennie 2000-2009, les comptages au chien ont porté, en moyenne, sur 15 sites dans les Alpes et 7Suivi-demographique-3 sites dans les Pyrénées, ce qui représente une surface moyenne d'environ 98 km² et 16 km² respectivement. L'échantillon est constitué en moyenne par an de 219 adultes et leurs jeunes pour les Alpes et 61 pour les Pyrénées.
Chaque année, ces comptages permettent de connaître la qualité de la reproduction : elle est bonne à plus de 0,6 jeune par adulte. Elle est mauvaise et ne compense pas la mortalité à moins de 0,4 jeune par adulte.
Cette mesure de l'indice de reproduction est actuellement utilisée pour fixer les possibilités de prélèvements par la chasse.
La reproduction durant la période 2000-2009 a été moyenne avec un indice de reproduction annuel moyen de 0,3 jeune par adulte pour les Alpes et 0,4 pour les Pyrénées. Elle est comparable à celle de la décennie 1990-1999 où l'indice de reproduction moyen était de 0,3 jeune par adulte (pour un échantillon moyen de 5 sites et de 120 à 140 adultes et leurs jeunes chaque année).

Chasse-1Au début des années 2000,des lagopèdes ont été prélevés dans 10 départements sur les 12 où il est présent (pas dans le 66 ni le 26). En 2009, les prélèvements ont été réalisés uniquement sur 4 départements (Savoie, Haute-Savoie, Isère et Ariège). Le tir de l'espèce est interdit dans la Drôme et les Hautes-Pyrénées tandis que les autres départements maintiennent un Prélèvement Maximum Autorisé ou un plan de chasse égal à 0, comme sur l'ensemble des forêts domaniales des Pyrénées depuis 2004.

 

Chasse-2Le nombre de jours autorisés est important dans les Alpes du Nord (13 à 48 jours en moyenne) mais les intempéries fréquentes limitent les sorties. Il est plus réduit au sud (4 à 17 jours en moyenne) et dans les Pyrénées (10 jours en moyenne).

Le nombre d'oiseaux prélevés en France au cours de la décennie 2000-2009 a été au minimum de 57 en 2008 et au maximum de 390 en 2001. 43 % l'ont été dans le seul département de la Savoie.

Le suivi des prélèvements, au travers des carnets de prélèvements, atteste d'une baisse importante de ceux-ci au cours de la décennie 2000 de l'ordre de 69 % pour les Alpes et de 59 % pour les Pyrénées, ceci étant dû en partie aux mesures de gestion restrictives mises en place dans certains départements.

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Le lagopède est, tout comme les autres espèces de galliformes, victime de collisions avec des câbles de remontées mécaniques. Depuis le début de l'enquête dans les stations de ski, 144 cas de mortalité de lagopèdes ont été rapportés dont 41 cas dans les Pyrénées et 103 dans les Alpes, ce qui correspond, respectivement, à 27 % et 15 % du nombre de cas de mortalité enregistrés dans ces deux massifs.

A l'origine de ces collisions, 94 téléskis et 13 télésièges, répartis sur 47 stations dont 11 dans les Pyrénées et 36 dans les Alpes. A ce jour, 13 de ces téléskis et 1 de ces télésièges ont été équipés de systèmes de visualisation.

Par contre, le lagopède est certainement moins concerné que le grand tétras ou laperdrix grise par le problème de collision avec des clôtures car elles ne se trouvent que très rarement dans son habitat.

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En effet, les unités naturelles de lagopède ne recoupent que 9 % des clôtures inventoriées actuellement. Pour l'instant, aucun cas de mortalité de lagopède par collision avec une clôture n'est recensé.